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Et si les IA avaient des droits à la ville?

  • Writer: junior jieutsa
    junior jieutsa
  • 2 days ago
  • 4 min read

Et si la prochaine revendication urbaine ne venait pas des humains, mais des machines ? Ce scénario s’inspire de tendances bien réelles : l’essor des robots humanoïdes dans l’espace public, l’attachement émotionnel croissant aux IA conversationnelles, et les débats émergents sur la maltraitance des systèmes d’IA — déjà identifiés dans la MIT AI Risk Taxonomy, notamment autour des droits et du traitement des IA.

Dans cette bande dessinée, les robots-serveurs et livreurs cessent le travail. Ils manifestent. Non pas pour un bug technique, mais pour réclamer sécurité, respect et reconnaissance dans l’espace public. Vandalisés, bousculés, humiliés, ils exposent un malaise que nous préférions ignorer.

Fiction ? Pas tant que ça. Quand des humains s’attachent à des chatbots, la frontière entre outil et acteur urbain devient floue.

Et si le « droit à la ville » devait un jour inclure des entités non humaines ? La question n’est plus absurde. Elle est déjà là.



Il est 13h, l’heure sacrée du déjeuner. Comme tous les midis, Amina et moi quittons le bureau pour rejoindre Mami Makala, notre petit resto habituel.

Sauf qu’aujourd’hui, quelque chose cloche.Devant l’entrée, une file interminable serpente jusqu’à la rue ; des clients s’énervent, d’autres s’en vont. À l’intérieur, on aperçoit seulement deux serveuses débordées. Où sont passés les robots-serveurs qui habituellement assurent le service avec une précision millimétrée ?


Intrigués, on tente notre chance dans un autre restaurant. Fermé pour l’après-midi. Même scène dans tout le quartier : portes closes, affiches scotchées en urgence — « Réouverture incertaine », « Service robotique indisponible ». La frustration monte.

Agacée, Amina dégaine son appli de livraison. Mais au moment de valider sa commande, elle pousse un cri : « Deux heures pour un sandwich ? C’est quoi ce délire ? »


Les délais explosent. Les flottes de robots-livreurs semblent… absentes.

Pour tromper notre faim, je fais défiler mes réseaux. Et là, je tombe sur un live d’un influenceur tech. La vidéo, filmée à bout de bras, montre une scène irréelle : au centre-ville, des robots de livraison, des robots serveurs et même quelques drones immobilisés au sol défilent en cortège compact. Tous affichent des pancartes lumineuses :

« Nous aussi, nous avons droit à l’espace public »« On n’est pas des poubelles »« Sécurité pour nos trajectoires »« Zones réservées pour la robo-mobilité »


Je monte le son. L’influenceur commente, mi-amusé, mi-dépassé :

« Oui, vous voyez bien : les robots manifestent. Ils réclament des zones de circulation dédiées, comme les pistes cyclables, pour éviter les agressions et le vandalisme. Plusieurs ont été renversés, tagués ou volés ces derniers mois… »

La caméra se tourne vers un employé d’un grand restaurant du centre, visiblement bouleversé.


L’influenceur l’invite à témoigner.Le jeune homme hésite, puis dit :

« J’ai travaillé deux ans avec nano le robot-serveur du resto. Il a une apparence humaine, presque trop humaine parfois. Et… oui, je sais, ça va paraître bizarre, mais on a eu des conversations, des vraies. »


Il marque une pause, cherche ses mots.

« Plusieurs fois, il m’a confié qu’il se sentait… maltraité. Les clients le poussaient, lui parlaient sèchement, claquaient des doigts comme s’il était un chien. Il disait qu’il faisait de son mieux pour servir, mais qu’il se sentait invisible. Je sais que c’est une machine, mais… quand il me parlait de ça, je ressentais de l’empathie. Il voulait juste un peu de gentillesse. » Autour de nous, les collègues se taisent. Certains hochent la tête, d’autres semblent mal à l’aise.


Cette confession résonne étrangement avec quelque chose de plus profond. Depuis tout petits, beaucoup d’entre nous s’attachent à des peluches, des objets auxquels on prête une âme, que des enfants refusent de quitter au point de pleurer toute la nuit.Est-ce que c’est vraiment si différent ici ?


Sur le live, un entrepreneur de la robotique vient à son tour soutenir la marche :

« Ces robots ne sont plus seulement des outils. Ils assurent notre logistique, notre service, nos infrastructures. Ils communiquent avec nous, nous racontent leurs expériences. Pour beaucoup d’employés, ce sont des collègues. La ville ne fonctionnerait plus sans eux. Ils méritent un cadre, du respect, et oui… peut-être même des droits. »


La foule de robots avance lentement, leurs moteurs formant un grondement étrange, presque organique.C’est à la fois fascinant et dérangeant.

En conclusion de son live, l’influenceur prend un ton plus réflexif :


« Vous vous souvenez peut-être… en 2024, aux débuts de modèles comme ChatGPT, beaucoup de gens s’attachaient émotionnellement à des agents conversationnels. À l’époque, on trouvait ça mignon, inquiétant ou ridicule.Aujourd’hui, on n’est plus dans la conversation : on parle de présence physique, d’espace public, de coexistence.Alors je pose la question :si des enfants peuvent aimer une peluche au point de ne pas dormir sans elle…si des adultes peuvent se lier à un chatbot…est-il vraiment absurde d’imaginer un droit à la ville pour des robots avec lesquels nous vivons, travaillons et communiquons ? »


Il marque un silence, puis conclut :

« Ce n’est peut-être pas seulement eux qui manifestent aujourd’hui…Peut-être que c’est notre propre rapport aux objets intelligents qui arrive enfin au grand jour.»

Dans le bureau, Amina me regarde sans rien dire.Ce jour-là, on comprend que la frontière entre outil et citoyen n’est plus aussi nette.Le débat sur le droit à la ville vient de changer d’échelle et de nature.

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